
Martin Juneau, M.D., FRCP
Cardiologue Directeur de la prévention Institut de Cardiologie de Montréal
Professeur agrégé de clinique
Faculté de médecine
Université de Montréal
Catégories
3 déc. 2009
Exercice, alimentation et maladie cardiovasculaire
Dans ce premier blogue, je vais présenter les principales données scientifiques sur les bénéfices de l’exercice et de l’alimentation en prévention. Dans les prochains carnets je présenterai des données plus récentes sur l’exercice et sur l’alimentation et j’aborderai la question du stress. À l’occasion je discuterai des controverses dans le domaine de la prévention.
Exercice :
De très nombreuses études ont démontré les bénéfices considérables de l’exercice sur la prévention des maladies cardiovasculaires et sur la santé en général.
Voici quelques données très bien documentées par des recherches effectuées au cours des quarante dernières années :
L’exercice en prévention primaire chez les gens qui n’ont pas de maladie cardiaque diminue l’incidence de la maladie coronarienne (la maladie coronarienne est celle qui bloque les artères qui irriguent le cœur) et la MORTALITÉ DE TOUTE CAUSE de 30% à 40%. L’exercice en prévention secondaire (chez ceux qui ont eu un problème cardiaque) diminue la mortalité cardiovasculaire d’environ 20% à 25%.
L’exercice procure des effets bénéfiques suivants :
- améliore la tension artérielle (diminution moyenne de 5 à 6 mm Hg pour la tension systolique et de 4 à 5 mm Hg pour la tension diastolique);
- prévention du diabète de type II : cette protection par rapport au développement du diabète de type II est de l’ordre de 50% à 60%, surtout pour les sujets à risque élevé de développer cette pathologie c’est-à-dire ceux qui présente : obésité abdominale, hypertension artérielle, sédentarité;
- amélioration du profil lipidique : légère élévation du cholestérol HDL (bon cholestérol), diminution légère du cholestérol LDL (mauvais cholestérol);
- diminution des triglycérides;
- diminution de l’agrégation plaquettaire (cause des thromboses artérielles c’est-à-dire des caillots qui bloquent les artères);
- amélioration de la capacité d’effort de 20% à 25%;
- protection contre les troubles du rythme cardiaque;
- effet anti-stress;
- anti-dépresseur;
- prévention de l’ostéoporose;
- effet anti-inflammatoire;
- augmentation du tonus parasympathique et diminution du tonus sympathique;
- diminution de la consommation d’oxygène du myocarde (muscle cardiaque) marquée chez les patients coronariens avec angine, donc diminution importante des symptômes d’angine chez les patients coronariens.
Alimentation :
Pour ce qui est de l’alimentation, plusieurs études récentes ont démontré qu’une diète de type méditerranéenne pouvait diminuer la survenue d’accident coronarien après un premier infarctus dans une proportion d’environ 70% (Étude de Lyon) alors que les meilleures études utilisant les médicaments hypolipémiants (statines) montrent une baisse de récidives d’accidents cardiaques de l’ordre de 30%. La pyramide de l’alimentation méditerranéenne est illustrée plus bas.
De nombreuses études utilisant une diète de type végétarienne (diète DASH) ont démontré l’efficacité de cette diète sur les dyslipidémies (problèmes de cholestérol élevé, triglycérides élevées, etc), sur la diminution de la tension artérielle et sur la prévention des accidents cérébrovasculaires.
Plusieurs études ont démontré que l’augmentation de la consommation des acides gras omega-3 dans la diète (poisson ou acide alphalinolénique) diminue les événements coronariens et en particulier la mort subite dans une proportion d’environ 45%.
Au moins deux études très bien menées ont démontré que l’utilisation combinée d’un programme d’exercice avec une modification de l’alimentation ainsi qu’un programme de réduction du stress peut amener une régression (faire diminuer les blocages) de la maladie coronarienne.
On estime aujourd’hui qu’en modifiant nos habitudes de vie on pourrait prévenir environ 75%-80% des maladies chroniques : maladies cardiovasculaires, accidents cérébrovasculaires, cancers et maladies pulmonaires. De plus, seules les modifications des habitudes de vie peuvent s’attaquer au problème de l’obésité qui a triplé chez les jeunes et doublé chez les adultes au cours des 20 dernières années.
Références :
- Quantité d’activité physique requise pour en retirer des bénéfices pour la santé. Avis du Comité scientifique de Kino-Québec.1999. www.kino-quebec.qc.ca.
- 2008 Physical activity guidelines for americans. United States Department of Health and Human Services. www.health.gov/paguidelines.
- Hakim,AA et al. Effects of walking on mortality among non-smoking retired men. N Engl J Med.1998; 338:94-99.
- Fung,TT et coll. Adherence to a DASH style diet and risk of coronary artery disease and stroke in women. Arch.Intern.Med.2008; 168(7):713-720.
- De Lorgeril,M. et coll. Mediterranean diet, traditional risk factors and the rate of complications after myocardial infarction in the Lyon Diet Heart Study. Circulation.1999; 99:779-785.



